30 mars 2021
Pénurie de pharmaciens en établissements de santé
Par: Le Clairon de Saint-Hyacinthe et région

La directrice générale et le président de l’A.P.E.S., Linda Vaillant et François Paradis. Photothèque | Le Courrier ©

Le manque de pharmaciens d’établissements continue d’affecter lourdement la Montérégie. Selon les résultats de la dernière enquête annuelle de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (A.P.E.S.), la région enregistrait un taux de pénurie de pas moins de 18 %.

L’A.P.E.S. réclame des actions rapides afin de résorber la situation et d’éviter des conséquences trop importantes sur les soins et services à la population. Au 1er avril 2020, 26 postes de pharmaciens en équivalent temps complet (ETC) étaient non pourvus sur un total de 142 postes dans les établissements de santé de la Montérégie. Ces derniers ont d’ailleurs eu recours aux services de pharmaciens dépanneurs pendant 340 jours entre le 1er avril 2019 et le 31 mars 2020.

À l’échelle du Québec, un poste de pharmaciens d’établissements sur cinq (19 %) était non pourvu. L’enquête annuelle 2020 a révélé 286 postes non comblés en ETC et 5503 jours de dépannage. Considérant la période couverte, les données ne permettent d’ailleurs pas d’évaluer les effets de la pandémie de COVID-19, qui a possiblement aggravé la situation.

« Nous sommes arrivés à un point où la pénurie nuit à la couverture de soins pharmaceutiques offerte aux patients hospitalisés, ambulatoires et hébergés en CHSLD. Or, dans un contexte de vieillissement de la population et d’explosion des problèmes de santé aigus et chroniques, un établissement de santé doit pouvoir compter sur un nombre suffisant de pharmaciens. En tant qu’experts des médicaments, ceux-ci doivent faire partie plus systématiquement des équipes de soins, dans une logique d’interdisciplinarité », a déclaré le président de l’A.P.E.S., François Paradis.

Outre la découverture de secteurs importants, tels que l’urgence et les CHSLD, l’insuffisance de soins pharmaceutiques en établissement de santé a plusieurs conséquences négatives :

– l’augmentation des risques d’incidents et d’accidents médicamenteux;
– l’allongement de la durée moyenne des hospitalisations;
– des risques d’effets indésirables et d’interactions;
– des retours à l’urgence et des réhospitalisations (syndrome des portes tournantes);
– une diminution de la qualité de vie des patients;
– des coûts supplémentaires pour le système de santé.

Assurer une rémunération concurrentielle et prévisible

Le renouvellement de l’entente de travail entre les pharmaciens d’établissements et le gouvernement du Québec, venue à échéance le 31 mars 2020, est une occasion à saisir pour accroître la capacité du réseau d’intéresser la relève à la pratique en milieux hospitaliers et de soins de longue durée. De 20 % à 50 % de la rémunération des pharmaciens d’établissements repose aujourd’hui sur des mesures dites « temporaires », lesquelles sont remises en question à chaque négociation. L’A.P.E.S. souhaite que ces mesures soient pérennisées afin de mettre fin à l’incertitude entourant les conditions des pharmaciens d’établissements.

« Dans les dix dernières années, on a diplômé en moyenne 62 pharmaciens par année du programme de maîtrise en pharmacothérapie avancée, qui prépare à la pratique en milieu hospitalier. Bien qu’on observe une croissance notable des admissions au programme, il faut stimuler l’attrait pour la profession. Cela passe notamment par la fiabilité de la rémunération », a souligné M. Paradis.

« Voilà plus de 10 ans que ces mesures ont été mises en place. Elles n’ont plus de temporaires que le nom. Le ministère de la Santé et des Services sociaux et l’A.P.E.S. ont unanimement reconnu, dans un rapport conjoint déposé à l’automne 2019, l’efficacité et la pertinence de ces mesures. Leur rapport, fruit de travaux réalisés en comité sur une période de 18 mois, en recommande la reconduction. Que faut-il de plus pour convaincre le gouvernement ? », a pour sa part demandé Linda Vaillant, pharmacienne et directrice générale de l’A.P.E.S.

Les mesures temporaires ont notamment permis l’allongement de la semaine de travail d’environ 10 %, ce qui équivaut à l’addition de plus de 130 pharmaciens d’établissements à temps complet au réseau. Elles reconnaissent aussi la contribution des pharmaciens dans les milieux où sont formés les résidents en pharmacothérapie avancée. Enfin, elles prennent en compte les difficultés de recrutement particulièrement importantes dans certaines régions.

Globalement, elles contribuent à une rémunération plus concurrentielle au regard de celle versée aux pharmaciens à l’emploi des pharmacies de quartier. Ces pharmacies constituent le principal milieu de travail des pharmaciens au Québec. Sans une rémunération à tout le moins compétitive, les jeunes pharmaciens vont à nouveau délaisser les établissements de santé. Un écart de rémunération majeur entre les milieux de pratique a d’ailleurs alimenté, dès les années 2000, la pénurie d’effectifs que l’on s’efforce toujours de renverser.

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