11 août 2020
Effet du confinement sur la santé : le Trait d’Union Montérégien inquiet
Par: Le Clairon de Saint-Hyacinthe et région

Le Trait d’Union Montérégien (TUM) s’inquiète des impacts des mesures de confinement sur la santé globale et même sur l’espérance de vie des personnes vivant avec un trouble de santé mentale et des personnes âgées.

Plusieurs études ont déjà démontré l’importance du réseau social de soutien pour le maintien d’une bonne santé physique et mentale. Les impacts de l’isolement social sur la santé physique, mentale ou cognitive sont nombreux et largement documentés :

– Accroissement du risque de mortalité
– Augmentation des problèmes cardiovasculaires
– Augmentation de la détresse psychologique entre autre apparition de trouble anxieux ou de symptômes dépressifs
– Augmentation de 60 % le risque de démence ainsi que de régression cognitive

Un isolement social qui augmente

L’INSPQ (L’Institut national de santé publique du Québec) souligne que le contexte de pandémie favorise des facteurs de risques qui peuvent accroître l’isolement social. Sylvie Tétreault, coordonnatrice du TUM précise que « les mesures mises en place pour réduire les risques de propagation du COVID-19 ont contribué à accentuer l’isolement social déjà trop présent pour plusieurs personnes marginalisées de notre société, dont les personnes âgées et les adultes vivant avec un trouble de santé mentale ».

L’organisme qui accompagne les participants au programme de parrainage dans leurs démarches d’insertion sociale a observé une augmentation de l’isolement de plusieurs de ses membres.

L’impossibilité de se déplacer d’une région à l’autre, la précarité financière de leur proche, l’interdiction de sortie pour les 70 ans et plus et l’annulation des rencontres d’entraide ou d’activités sociales ont fait vivre un plus grand isolement aux personnes aidées par l’organisme.

Le TUM s’adapte

Dès le début de l’état d’urgence sanitaire, le TUM observe une augmentation de la détresse chez plusieurs de ses membres. Les effets sont variés chez ces derniers. Augmentation des idéations suicidaires, augmentation de l’anxiété, apparition de symptômes dépressifs, mauvaise utilisation des services de santé, diminution des habiletés cognitives et augmentation de la fatigue sont soulevées par la petite équipe de travailleurs et de bénévoles de l’organisme.

Soutenir l’ensemble de ses membres du mieux qu’elle peut devient la priorité pour l’organisation. Les bénévoles et l’équipe de deux travailleurs ont alors uni leurs forces pour offrir écoute, soutien et référence à ses 165 membres. Les relations de jumelages se sont poursuivies par téléphone, des jumelages téléphoniques temporaires ont aussi été créés pour répondre aux besoins des personnes en attente de jumelage et tranquillement les jumelages reprennent leurs activités régulières.

« Grâce à nos bénévoles, nous avons contribué à diminuer les effets du confinement, mais les besoins sont toujours aussi grands », affirme Sylvie Tétreault.

L’isolement social toujours présent

La détresse vécue s’est exprimée et s’exprime encore au sein de la ressource. Il y a cette dame de 82 ans qui nous a dit « Je ne mourrai pas du coronavirus, mais d’isolement » ou cette autre dame de 85 ans qui nous a dit « J’en peux plus, on ne peut plus rien faire » ou encore cette jeune femme de 30 ans qui nous a dit qu’elle passait ses journées à dormir parce qu’elle ne pouvait plus aller aux rencontres et activités des organismes qui la soutiennent dans son processus de rétablissement.

Le déconfinement est en cours, mais ne permet pas à tous de briser l’isolement. Certains ont perdu l’habitude de se trouver en espace public et l’anxiété sociale (re)devient une barrière pour répondre aux besoins sociaux et relationnels de ces individus. D’autres vivent avec des conditions de santé les rendant plus vulnérables au virus et préfèrent poursuivre le confinement. Pourtant, l’absence de relation demeure douloureuse. Et les membres du Trait d’Union Montérégien qui vivaient de l’isolement avant le confinement continuent d’en souffrir et pour la plupart d’entre eux il s’est aggravé.

Malheureusement, l’organisme qui peinait déjà à répondre à l’ensemble des demandes de parrainage avant le confinement se désole de devoir cesser des jumelages qui impliquaient des bénévoles âgés de plus de 70 ans ou qui ont des problèmes de santé les rendant plus vulnérables. L’organisme anticipe donc de faire face à une augmentation des délais d’attente qui sont déjà trop longs avec une moyenne d’attente de 19 mois avant de rencontrer un(e) bénévole.

Le Trait d’Union Montérégien offre à des adultes vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale et à des personnes âgées souffrant de solitude des services favorisant le développement d’un réseau social de soutien :

– Jumelage avec des bénévoles de la communauté
– Groupes d’entraide
– Formation en développement des habiletés relationnelles et sociales
– Activités de réseautage.

Chaque relation de jumelage initiée par l’organisme et impliquant un(e) bénévole de la communauté est une première étape pour la personne qui souhaite développer son réseau de soutien social. La relation créée offre à la personne la chance de pouvoir faire ce qu’on fait avec un ami : parler, se changer les idées, aller marcher. Et tout simplement, l’amitié peut naître entre les deux personnes et ainsi l’organisme offre une réponse concrète à la détresse sociale vécue par ses membres.

L’organisme est très inquiet des conséquences à long terme sur la santé de ses membres et des personnes isolées, exclues de notre société. « Nous devons diminuer les délais d’attente pour le jumelage et créer de nouvelles relations avec des bénévoles de notre milieu », explique Mme Tétreault.

Cependant le contexte actuel amène des défis importants pour la petite organisation. Les ressources financières limitées diminuent ses capacités à pouvoir promouvoir ses besoins de bénévoles.

Un appui arrive enfin!

Ayant sollicité l’aide de différents bailleurs de fonds, l’organisme a enfin obtenu une réponse positive suite à une demande adressée à Centraide Richelieu-Yamaska qui a été mandaté pour distribuer le FUAC (Fonds d’urgence pour l’appui communautaire) un programme mis en place par le gouvernement fédéral.

« Grâce à ce fonds et à la réponse rapide de Centraide Richelieu-Yamaska, nous avons pu adapter nos services et augmenter le nombre de personnes qui pourront être jumelées à court terme avec un intervenant embauché à cet effet pour diminuer les impacts d’un recrutement de nouveaux bénévoles difficiles », ajoute Sylvie Tétreault.

Bien qu’appréciée, la subvention offerte ne répondra pas aux nombreuses demandes auxquels fait face l’organisme. En effet, à l’heure actuelle plus de 60 personnes sont en attente de parrainage. Mme Tétreault invite donc les personnes de la communauté à s’impliquer dans la mission de l’organisme soit par un don ou bénévolement. « Votre présence, votre écoute et votre sourire peuvent faire une grande différence dans la vie des personnes que nous aidons », explique-t-elle.

L’organisme recherche actuellement plus de 60 bénévoles pour briser l’isolement d’adultes vivant un problème de santé mentale et des personnes âgées vivant de la solitude. Pour informations : 450 223-1252.

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