14 juillet 2021
Initiative et Réalisation
Antoine Pelletier, un maître de traditions vivantes
Par: Le Clairon de Saint-Hyacinthe et région

En tant que menuisier d’art, d’architecture et de patrimoine, Antoine Pelletier se spécialise dans les portes et fenêtres anciennes, notamment. Photo François Larivière | Le Courrier ©

À travers son travail de menuisier d’art, d’architecture et de patrimoine, Antoine Pelletier perpétue l’expertise que sa famille a développée depuis plus d’un siècle dans les maisons anciennes. Grâce à ses techniques uniques, transmises de génération en génération, le résident de Saint-Liboire vient d’être nommé Maître de traditions vivantes par le Conseil québécois du patrimoine vivant (CQPV).

Au total, cinq lauréats issus de milieux variés ont été sélectionnés pour recevoir cet honneur, à la fin mai. Ce programme, soutenu par le ministère de la Culture et des Communications, se veut « l’équivalent québécois des Trésors humains vivants, créés par l’UNESCO », est-il décrit par le CQPV.

En tant que menuisier d’art, d’architecture et de patrimoine, Antoine Pelletier réalise surtout des portes et des fenêtres anciennes, ainsi que des balcons et des ornements architecturaux, en utilisant des techniques de travail de l’époque et en intégrant des touches stylistiques qui s’harmonisent avec les éléments d’origine. Il y a près de vingt ans qu’il a repris l’entreprise familiale, Ébénisterie Pelletier et fils, qui se targue d’être « un gardien du patrimoine depuis 1890 ». Le titre de Maître de traditions vivantes qu’il vient de recevoir lui confirme l’importance de la place qu’il a dans le paysage québécois.

« Ça m’a vraiment touché de savoir que l’on reconnaît mon parcours et mes acquis, dit-il, en entrevue au journal, à propos de cet honneur. Mais en même temps, chaque pas, je les ai faits. Chaque journée de travail, je les ai faites et je les ai réfléchies. On parle de toute une vie de travail. […] C’est aussi une reconnaissance des générations avant moi. »

La transmission du savoir

D’aussi loin qu’il se souvienne, Antoine Pelletier a toujours travaillé à l’atelier, où son grand-père et son père lui ont montré le métier.

« La transmission de la connaissance, c’est l’essence de notre métier, soutient-il. […] Je ne sais même pas quel âge j’avais quand j’ai débuté. J’arrivais de la petite école et je venais à l’atelier pour travailler. J’étais peut-être payé 25 cents de l’heure, c’était symbolique », se remémore-t-il.

Aujourd’hui, c’est à son fils Alix qu’il partage ce savoir. Ce dernier œuvre au sein de l’entreprise depuis quatre ans et représente la 5e génération de la famille à perpétuer la tradition.

« Il avait le goût d’apprendre le métier. Je lui ai dit : je vais te montrer le métier et ensuite tu pourras en faire ce que tu veux, ça te donnera des acquis. Tu auras appris à travailler de tes mains, avec ta tête », raconte l’artisan.

La perspective d’avenir du métier n’était pourtant pas des plus encourageantes lorsqu’Alix a décidé de se joindre à son père alors qu’un laisser-aller du patrimoine bâti était remarqué depuis plusieurs années au Québec.

Heureusement, un effort de conscience et législatif a été fait récemment, notamment avec la modification de la Loi sur le patrimoine culturel et de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, si bien que la conservation du patrimoine est redevenue une priorité collective. Un programme d’aide aux propriétaires de maisons anciennes a aussi été mis sur pied et plus de pouvoirs ont été donnés aux MRC pour un meilleur respect du patrimoine. « [Mon fils] voit ça aller et il se dit “wow, c’est le fun, ça me donne un avenir, ça donne un avenir à ce qu’on fait et à notre patrimoine bâti” », ajoute M. Pelletier.

Un projet porteur

Avec son programme des Maîtres de traditions vivantes, lancé l’an dernier, le Conseil québécois du patrimoine vivant vise à favoriser la reconnaissance des artistes et artisans, en plus de permettre à ses lauréats de développer des activités d’enseignement et de diffusion liées à leur champ d’expertise à travers un projet porteur pour le milieu. De ce fait, une bourse de 5000 $ a été remise à Antoine Pelletier, ce qui lui permettra de créer un répertoire de fenêtres anciennes à travers lequel il partagera son expertise en la matière.

« Ce répertoire va tenir compte des régionalismes. Si j’ai une maison de 1850 et que je suis en campagne dans la Vallée-du-Richelieu, ma fenêtre devrait ressembler à ça, tandis que si j’ai une maison à Montréal datant de 1910, ça ressemblerait à ça. Il va y avoir une définition et un croquis qui va accompagner chaque fenêtre. En faisant ça, on va se retrouver avec une information fiable et constante », souligne cet ardent défenseur du patrimoine bâti.

« C’est encore possible de faire une bonne fenêtre en bois, adaptée et agencée, assure-t-il. Je ne veux pas juste qu’elle ait l’air [de l’ancienne] parce que je veux qu’elle vieillisse bien. [La fenêtre que je vais faire] va durer encore 100 ans, comme celle qu’il y avait avant. »

Maxime Prévost-Durand

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